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POÈMES BARBARES.


Vils instruments soumis à la main la plus forte,
Ils foulent à prix d’or l’équité sainte aux pieds,
Sachant ce que le sang des malheureux rapporte.

Naboth est devant eux, debout, les bras liés,
Comme pour l’holocauste un bouc, noire victime
Par qui les vieux péchés de tous sont expiés.

Deux fils de Bélial, d’une voix unanime,
Disent : — Voici. Cet homme est vraiment criminel.
Qu’il saigne du blasphème et qu’il meure du crime !

Or, il a blasphémé le nom de l’Éternel. —
Naboth dit : — L’Éternel m’entend et me regarde.
Je suis pur devant lui, n’ayant rien fait de tel.

J’atteste le Très-haut et me fie en sa garde.
Ceux-ci mentent. Craignez, Pères, de mal juger,
Car Dieu juge à son tour, qu’il se hâte ou qu’il tarde.

Voyez ! Ai-je fermé ma porte à l’étranger ?
Ai-je tari le puits du pauvre pour mon fleuve ?
L’orphelin faible et nu, m’a-t-on vu l’outrager ?

Qu’ils se lèvent, ceux-là qui m’ont mis à l’épreuve !
Qu’ils disent : Nous avions soif et nous avions faim,
L’étranger, l’orphelin, et le pauvre et la veuve ;