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NÉFÉROU-RA.


Dix prêtres, du Nil clair suivant la haute berge,
D’un pas égal, le front incliné vers le sol,
Portent la barque peinte où, sous un parasol,
Siège le fils d’Amon, Khons, le Dieu calme et vierge.

Où va-t-il, le Roi Khons, le divin Guérisseur,
Qui toujours se procrée et s’engendre lui-même,
Lui que Mout a conçu du Créateur suprême,
L’Enfant de l’Invisible, aux yeux pleins de douceur ?

Il méditait depuis mille ans, l’âme absorbée,
À l’ombre des palmiers d’albâtre et de granit,
Regardant le lotus qui charme et qui bénit
Ouvrir son cœur d’azur où dort le Scarabée.

Pourquoi s’est-il levé de son bloc colossal,
Lui d’où sortent la vie et la santé du monde,
Disant : J’irai ! Pareille à l’eau pure et féconde,
Ma vertu coulera sur l’arbuste royal !

Le grand Rhamsès l’attend dans sa vaste demeure.
Les vingt Nomes, les trois Empires sont en deuil,
Craignant que, si le Dieu ne se présente au seuil,
La Beauté du Soleil, Néférou-Ra ne meure.

Voici qu’elle languit sur son lit virginal,
Très pâle, enveloppée avec de fines toiles ;
Et ses yeux noirs sont clos, semblables aux étoiles
Qui se ferment quand vient le rayon matinal.