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POÈMES BARBARES.


Hier, Néférou-Ra courait parmi les roses,
La joue et le front purs polis comme un bel or,
Et souriait, son cœur étant paisible encor,
De voir dans le ciel bleu voler les ibis roses.

Et voici qu’elle pleure en un rêve enflammé,
Amer, mystérieux, qui consume sa vie !
Quel démon l’a touchée, ou quel Dieu la convie ?
Ô lumineuse fleur, meurs-tu d’avoir aimé ?

Puisque Néférou-Ra, sur sa couche d’ivoire,
Palmier frêle, a ployé sous un souffle ennemi,
La tristesse envahit la terre de Khêmi,
Et l’âme de Rhamsès est comme la nuit noire.

Mais il vient, le Roi jeune et doux, le Dieu vainqueur,
Le Dieu Khons, à la fois baume, flamme et rosée,
Qui rend la sève à flots à la plante épuisée,
L’espérance et la joie intarissable au cœur.

Il approche. Un long cri d’allégresse s’élance.
Le cortège, à pas lents, monte les escaliers ;
La foule se prosterne, et, du haut des piliers
Et des plafonds pourprés, tombe un profond silence.

Tremblante, ses grands yeux pleins de crainte et d’amour,
Devant le Guérisseur sacré qu’elle devine,
Néférou-Ra tressaille et sourit et s’incline
Comme un rayon furtif oublié par le jour.