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LA VISION DE SNORR.


Il siège en la grand’salle aux murs visqueux, noircis,
Où filtre goutte à goutte une bave qui fume,
Et d’où tombent des nœuds de reptiles moisis.

Au-dessus du Malin, sur qui pleut cette écume,
Tournoie, avec un haut vacarme, un Dragon roux
Qui bat de l’envergure au travers de la brume.

En bas, gît le marais des Lâches, des Jaloux,
Des Hypocrites vils, des Fourbes, des Parjures.
Ils grouillent dans la boue et creusent des remous,

Ils geignent, bossués de pustules impures.
Serait-ce là, Seigneur, leur expiation,
D’être un vomissement en ce lieu de souillures ?

Sur des quartiers de roc toujours en fusion,
Muets, sont accoudés les sept Convives mornes,
Les sept Diables royaux du vieux Septentrion.

Ainsi que les héros buvaient à pleines cornes
L’hydromel prodigué pour le festin guerrier,
Quand les Skaldes chantaient sur la harpe des Nornes ;

Les sept Démons qu’enfin vous vîntes châtier,
En des cruches de plomb qui corrodent leurs bouches,
Puisent des pleurs bouillants au fond d’un noir cuvier.