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POÈMES BARBARES.

LES CHASSEURS.


La Vieille de Pohja, la reine des sorcières,
A ri dans ton oreille et brûlé tes paupières,
Vieillard de Karjala, roi des hautes forêts !
Comme le cerf dompté qui brame dans les rets,
Tu gémis, enlacé d’enchantements magiques.
Père des Runoïas, Dieu des races antiques,
Vois ! Nous chantons, puisant l’oubli des jours mauvais
Dans les flots enivrants de l’hydromel épais.
Imite-nous, ô Chef des sacrés promontoires,
Et buvons sans pâlir aux temps expiatoires.


LE RUNOÏA.


Ils sont venus ! Mes fils ont outragé mon nom !
Quand sur l’enclume d’or, l’éternel Forgeron,
Ilmarinenn, eut fait le couvercle du monde,
La tente d’acier pur étincelante et ronde,
Et du marteau divin fixé dans l’air vermeil
Les étoiles d’argent, la lune et le soleil ;
Voyant le feu jaillir de la forge splendide,
J’ai dit que le travail était bon et solide.
J’ai menti. L’ouvrier fit mal. Il valait mieux
Dans le brouillard glacé laisser dormir les cieux.
Quand de l’Œuf primitif j’eus fait sortir les germes,
Battre la mer houleuse et monter les caps fermes,
Gronder les ours, hurler les loups, bondir les cerfs,
Et verdir les bouleaux sur le sein des déserts ;