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LE RUNOÏA.

LE RUNOÏA.


Il vient ! Il a franchi l’épaisseur de nos bois !
Le fleuve aux glaçons bleus fond et chante à sa voix ;
Les grands loups de Pohja, gémissant de tendresse,
Ont clos leurs yeux sanglants sous sa douce caresse.
Le Cheval aux crins noirs, l’Étalon carnassier
Dont les pieds sont d’airain, dont les dents sont d’acier,
Qui rue et qui hennit dans les steppes divines,
Reçoit le mors dompteur de ses mains enfantines !


LES RUNOÏAS.


Éternel Runoïa, qu’as-tu vu dans la nuit ?
L’ombre immense du ciel roule, pleine de bruit,
À travers les forêts par le vent secouées ;
La neige en tourbillons durcit dans les nuées.


LE RUNOÏA.


Mes fils, je vois venir le Roi des derniers temps,
Faible et rose, couvert de langes éclatants.
L’étroit cercle de feu qui ceint ses tempes nues
Comme un rayon d’été perce les noires nues.
Il sourit à la mer furieuse, et les flots
Courbent leur dos d’écume et calment leurs sanglots.
Les rafales de fer qui brisent les ramures
Et des aigles marins rompent les envergures
N’osent sur son cou frêle effleurer ses cheveux,
Et l’aube d’un grand jour jaillit de ses yeux bleus !