Page:Leconte de Lisle - Poëmes antiques, 1852.djvu/283

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Ô pourpre des couchants, ô splendeur des matins !
Ô fleuves immortels, qu’en mes jeux enfantins
Je domptais du poitrail, et dont l’onde écumante,
Neige humide, flottait sur ma croupe fumante !
Oui ! j’étais jeune et fort ; rien ne bornait mes vœux :
J’étreignais l’univers entre mes bras nerveux ;
L’horizon sans limite aiguillonnait ma course,
Et j’étais comme un fleuve égaré de sa source,
Qui, du sommet des monts soudain précipité,
Flot sur flot s’amoncelle et roule avec fierté.
Depuis que sur le sable où la mer vient bruire
Khronos m’eut engendré dans le sein de Phyllire,
J’avais erré, sauvage et libre sous les airs,
Emplissant mes poumons du souffle des déserts,
Et fuyant des mortels les obscures demeures.
Je laissais s’envoler les innombrables heures ;