Page:Legouvé - Soixante ans de souvenirs, 1886.djvu/160

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A vous frapper en face il ne s’expose guère,
Il a servi deux ans… dans les conseils de guerre.
Il dénonce un guerrier qui servait avec lui,
Jadis il dénonçait ceux qu’il sert aujourd’hui.
Qui fut vil dans un temps sera vil dans un autre,
De l’excès qui domine il est toujours l’apôtre.
Et qu’attendre, après tout, d’un lâche sans pudeur
Accroché constamment au manteau du vainqueur ?
Politique histrion, qui, dans ces temps de trouble ?
Habile à voltiger sur une corde double,
Passant de l’une à l’autre avec agilité
Et saltimbanque adroit presque autant qu’effronté,
Quand il voit se briser la corde impériale,
En tombant, rebondit sur la corde royale,
Reblanchit son pourpoint rougi sous la Terreur,
Et saute pour le Roi comme pour l’Empereur.


Ne dirait-on pas des vers de Barthélemy et de Méry ?

Ce poème fut le grand titre académique de Dupaty. Le parti libéral dominait alors à l’Académie. Dupaty fut nommé en 1836. Malheureusement pour lui, il l’emporta sur Victor Hugo. A peine élu, il court chez son concurrent, et ne le trouvant pas, lui laisse ce quatrain :

 
Avant vous je monte à l’autel,
Moins que vous j’y pouvais prétendre.
Déjà vous êtes immortel,
Et vous avez le temps d’attendre.


Ces vers ne désarmèrent pas la critique. L’élection de Dupaty souleva un tolle général dans la presse. Sarcasmes, invectives, rien ne lui fut épargné. Janin couronna le tout par un article sanglant, où l’attaque allait jusqu’à la calomnie, car il prêtait à Dupaty des vers