Page:Lemaître - Jean Racine, 1908.djvu/135

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Ou encore :

… Il semble que vous ne condamnez pas tout à fait les romans. « Mon Dieu, monsieur, me dit l’un de vous, que vous avez de choses à faire avant de lire les romans ! » Vous voyez qu’il ne défend pas de les lire, mais il veut auparavant que je m’y prépare sérieusement. Pour moi je n’en avais pas une idée si haute, etc…

Voilà le ton. Cette prose de Racine est un délice. C’est, de toutes les proses du XVIIe siècle, la plus légère, la plus dégagée, — et celle aussi qui contient le moins d’expressions vieillies. Cette prose est la plus ressemblante à la meilleure prose de Voltaire. Et cela, par le tour même de la plaisanterie, rapide, non appuyée, qui plante le trait sans avoir l’air d’y toucher, et qui passe.

Racine voulait faire imprimer sa seconde lettre à la suite de l’autre, avec une préface. On dit (d’après Jean-Baptiste et d’après Louis) qu’il renonça à ce projet sur le conseil de ce brave cœur de Boileau. Je crois qu’il y renonça plutôt sur la lecture d’une belle et dure lettre de Lancelot qui fit rougir et fit rentrer en lui-même le jeune ingrat (voir le tome VIII de l’édition Paul Mesnard). Vous savez encore que, douze ou quinze ans plus tard, l’abbé Tallemant lui reprochant en pleine Académie sa conduite envers Port-Royal, Racine répondit : « Oui, monsieur, vous avez raison ; c’est l’endroit le plus honteux de ma vie, et je donnerais tout mon sang pour l’effacer. » Mais, tout converti