Page:Lemaître - Jean Racine, 1908.djvu/331

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réduire autant que possible, dans la peinture caractères et des passions, la part de l’inexpliqué et le trop commode « je ne sais quoi » … ah ! qu’il fait bon les retrouver ici !


Mais, quand j’aurai répété tout cela, aurai-je expliqué tout le charme de ce théâtre unique ?

« Unique », je l’ai dit déjà et le redis encore : car, tandis que la tragédie selon Corneille a pullulé après lui, et même jusqu’à nos jours, je ne vois parmi les morts que Marivaux et Musset qui se puissent quelquefois dire « raciniens » .

Je suis tenté de croire qu’il y a une partie de Racine à jamais inaccessible aux étrangers et qui sait ? peut-être à tous ceux qui sont trop du Midi comme à ceux qui sont trop du Nord. C’est, un mystère. C’est ce par quoi Racine exprime ce que nous appellerons le génie de notre race : ordre, raison, sentiment mesuré et force sous la grâce. Les tragédies de Racine supposent une très vieille patrie. Dans cette poésie, à la fois si ordonnée et si émouvante, c’est nous-mêmes que nous aimons ; c’est— comme chez La Fontaine et Molière, mais dans un exemplaire plus noble— notre sensibilité et notre esprit à leur moment le plus heureux.

Est-ce une impression arbitraire, et trop fortuite peut-être et trop fugitive pour un si grand objet ? Mais je me rappelle un petit livre charmant, très simple, naïf même : Sylvie, d’un rêveur qui fut une