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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Ce n’est pas non plus la grande lyre inspirée de Lamartine ;

C’est quelque chose de grave, de solennel, de légendaire comme une harpe d’autrefois vibrant aux échos des lointains souvenirs. — La musique sacrée d’Israël et les chants de nos anciens preux nous reviennent en mémoire aux belles pages de Moïse et du Cor de Roland. Des strophes magnifiques d’ampleur ne sont pas toujours exemptes d’une certaine monochromie, résultant de leur solennité même ; mais n’oublions pas qu’Alfred de Vigny fut un précurseur de la poésie moderne. Ce rôle d’initiateur lui comptera assurément parmi ses plus glorieux titres littéraires.

La Bouteille à la mer publiée dans les Destinées est une des plus nobles inspirations de notre époque, et La Maison du Berger du même recueil un des plus beaux poèmes d’amour de tous les âges.

Ses œuvres ont été publiées par A. Lemerre.

André Lemoyne.
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LE COR


I




Jaime le son du cor, le soir, au fond des bois,
Soit qu’il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l’adieu du chasseur que l’écho faible accueille
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois, seul, dans l’ombre à minuit demeuré,
J’ai souri de l’entendre, et plus souvent pleuré !
Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques
Qui précédaient la mort des paladins antiques.

Ô montagnes d’azur ! ô pays adoré,
Rocs de la Frazona, cirque du Marboré,
Cascades qui tombez des neiges entraînées,
Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;