Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/229

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AUGUSTE BRIZEUX.

ans, va terminer ses études au collège d’Arras, dirigé alors par un de ses parents, son grand-oncle, M. Sallentin. Trois ans après, il revient à Lorient, entre dans une étude d’avoué, y passe deux ans environ, et part ensuite pour Paris, afin d’y faire son droit.

Le voilà dans sa chambre solitaire, à Paris, triste, inquiet de l’avenir, occupé de philosophie et d’art, comparant les voix discordantes d’un siècle troublé à l’harmonie que sa première enfance recueillit sans la comprendre. Ce contraste, mieux senti de jour en jour, devient un poème au fond de son cœur. Il fixe tous ses souvenirs dans une langue souple et harmonieuse, et il écrit ce livre, ce recueil d’élégies, d’idylles agrestes, décoré du nom de l’humble paysanne. Rien de plus frais ni de plus original : à la suave douceur des sentiments s’unit la franchise des peintures ; des scènes pleines de réalité et de vie servent de cadre à ce qu’il y a de plus pur, le poème de l’enfance et de la première jeunesse. Tantôt le poète est enfantin, mais avec une grâce supérieure, comme dans l’idylle du pont Kerlô, tantôt il jette un cri de douleur qui retentit dans notre âme :


Oh ! ne quittez jamais le seuil de votre porte !
Mourez dans la maison où votre mère est morte !


Je ne voudrais pas interrompre le tableau du développement de Brizeux ; de Marie aux Ternaires, des Ternaires aux Bretons, des Bretons à Primel et Nola et aux Histoires poétiques, il y a un enchaînement d’inspirations et d’idées que je serais heureux de reproduire ici comme je l’ai vu se dérouler sous mes yeux. Puis-je oublier pourtant, à cette date de 1841, un épisode littéraire qui se rattache encore à son voyage d’Italie ? Quelques mois avant de publier Les Ternaires,Brizeux faisait paraître une excellente traduction de la Divine Comédie.

La traduction de Brizeux est en prose, mais cette prose souple et nerveuse reproduit avec une fidélité expressive la physionomie du poète florentin.

On connaît les détails de sa mort. Atteint d’une maladie de poitrine, il était allé dans le midi de la France, à Montpellier, chercher le soleil