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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Je ne sais rien qu’aimer, chanter et vivre,
Et je veux vivre encore une saison !
Je n’y vois plus ; Lisette est mon seul livre :
Mon institut, à moi, c’est ma maison.

Qu’irais-je faire en votre compagnie ?
Il me faudrait écrire un long discours !
À mes chansons j’ai borné mon génie,
Et si mes vers sont bons, c’est qu’ils sont courts.
Ici, messieurs, la Muse est familière,
Pourvu qu’on ait la rime et la raison.
Ici Courier a commenté Molière…
L’Académie était dans ma maison.

Vous le voyez, c’est la maison du sage.
Et l’hirondelle y revient au printemps ;
Je suis comme elle un oiseau de passage ;
Depuis Noë j’ai parcouru les temps.
Je fus un Grec au siècle d’Aspasie,
J’ai consolé Socrate en sa prison ;
Homère est là : chantez, ma poésie !
J’ai réveillé les dieux de ma maison.

Hier, j’étais sur le pas de ma porte,
Quand l’Orient soudain s’illumina…
Qu’entends-je au loin ? Le vent du soir m’apporte
Les airs connus d’Arcole et d’Iéna !
Ils sont partis, les jeunes gens stoïques ;
Quatre-vingt-neuf, il garde ton blason !
Dieu soit en aide aux soldats héroïques !
Je les bénis du seuil de ma maison.

Vos verts rameaux ceignent des fronts moroses :
Il ne faut pas les toucher de trop près.