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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre !
          Qu’ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses
          Entre les trous,

Mais bien bas, comme une prière,
Repliés vers cette lumière
          Du ciel rouvert,

— Si fort qu’ils crèvent leur culotte
Et que leur lange blanc tremblote
          Au vent d’hiver… —


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LE BUFFET





C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre,
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants.

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries
De fichus de grand-mère où sont peints des griffons.

— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.