Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/129

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GEORGES NARDIN.


Les oiseaux étaient éveillés :
On les entendait par centaines,
Dans les taillis ensoleillés
Où les voix claires des fontaines
Mêlaient leurs babils continus...
Jeanne, à mon bras, par intervalles,
Cueillait entre ses doigts menus
Les clochettes des digitales.

Son chapeau de paille voilait
D’ombre son gracieux visage ;
Sa gorge était comme du lait ;
Et la toile de son corsage
Se soulevant d’un tendre émoi,
Malgré ses craintes virginales,
Nous nous sommes aimés, ma foi !
Parmi les hautes digitales.

... Ces jours étaient déjà lointains :
Dans le vallon, sur les collines,
Le gris hiver, soirs et matins,
Étendait ses froides bruines ;
Dans les bois, plus d’oiseaux chantants ;
La neige volait en rafales...
Hélas ! ce n’était plus le temps
Où fleurissaient les digitales !

Que de tristesses dans les cieux !...
Ma compagne, aux caresses franches,
Pour jamais a clos ses beaux yeux,
Doux et fleuris comme pervenches...