Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/159

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AUGUSTE DORCHAIN.

 
Notre enfant ! Quel espoir en lui serait déçu ?
Quels dons ne recevrait avec son droit d’aînesse
Ce fruit de notre force et de notre jeunesse,
Ce fils, en plein bonheur, en plein amour conçu ?

Car pour te révéler jusqu’au bout ma chimère
Je veux un fils : les fils ressemblent à leur mère.
Qu’il ait tes yeux, tes traits, ta fierté, ta douceur..

Et s’il doit retenir une part de moi-même,
Que son cœur seulement soit pareil à mon cœur,
Afin qu’un jour il sache aimer comme je t’aime !



III


RÉCONCILIATION



J’ai voulu de l’Amour séparer le Désir,
Quand ce maître fatal, d’un regard ou d’un signe
Liant ma chair fragile à quelque chair indigne,
M’imposait en dégoût la rançon du plaisir.

Depuis ce temps, — ô joie ! orgueil ! j’ai pu choisir
La beauté dont l’amour a des pudeurs de cygne,
Et j’ai compris, alors, quelle faveur insigne
Fit, quand s’aiment les cœurs, les bras pour se saisir.

Ô mon Amour unique ! à présent que je t’aime,
Je vois dans le Désir la Chasteté suprême,
L’ineffable lien de la terre à l’azur ;

Et sur ton sein pâmé lorsque mon sein se pâme,
Je me sens noble et fier, je me sens jeune et pur.
Comme si j’étreignais la forme de ton âme !