Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/175

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TANCRÈDE MARTEL.


Laisse durer mon excase, et, sans feindre,
Laisse mon cœur te dire éperdument :
Mais mon amour pour toi ne peut s’éteindre !


(Les Poèmes à tous Crins)





*
*       *




Comme un phare éclatant dans la profonde nuit,
Je t’ai toujours suivie, ô Muse, ô ma chimère !
Malgré, comme dit Gill, les frayeurs d’une mère,
Malgré l’envieux louche et le traître qui nuit.

Midi n’est plus. Je vais maintenant vers minuit,
Le front toujours levé dans la tourmente amère,
Conquérant l’existence ainsi qu’un fils d’Homère ;
Mais sans dire mon mal, mon dégoût, mon ennui !

Ah ! je l’aurai connu, le triste honneur de vivre !
J’ai laissé des lambeaux de mon cœur dans ce livre,
Mais j’entends rester seul à juger de mon cas.

Qu’importe la douleur puisque la vie est brève !
Il me reste, en ce temps d’insipide fracas,
Le culte de mon art et l’orgueil de mon rêve.


(Les Poèmes à tous Crins)