Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/215

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FÉLICIEN CHAMPSAUR.


L’ARGENT




Il prend son pauvre cœur, la journée au sommeil
sinclinant, et s’en va pour l’offrir à sa belle.
La charmante écoutait, à l’abri de l’ombrelle,
en fixant l’horizon où coulait le soleil.

Des blessures du cœur, à flots, le sang vermeil
s’épandait. La mignonne, à présent infidèle,
repoussait son ami ; mais il était fou d’elle,
et des baisers d’hier implorait le réveil.

Le cœur perdait son sang, l’astre en feu sa lumière,
et, l’heure pour tous deux semblant l’heure dernière,
un train sifflait, au loin, par-dessus les grands bois.

Elle lève sur lui ses yeux, où l’amour manque,
et dit avec raison, de sa très douce voix :
« Enveloppe ton cœur dans un billet de banque ! »


(Un Mystérieux Amour)





HALTE




En campagne, le soir. L’homme était un grand vieux.
Il avait pour seul bien une ânesse docile,
et, dans tout le pays, passait pour imbécile :
très âgés l’un et l’autre, ils s’aidaient de leur mieux.

C’étaient de braves gens. Ils allaient en tous lieux,
mangeant n’importe quoi, n’ayant nul domicile.
Lorsqu’on est ainsi pauvre, on n’est pas difficile,
et leur grande bonté se lisait dans leurs yeux.