Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/249

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JULES FORGET.

 
Tout ce que les humains croyaient impérissable,
Leurs monstrueux palais de granit, leurs airains,
Corrodés par la plante aux suçoirs souterrains,
S’effriteront en un chétif monceau de sable.

La forêt, sous les plis d’un verdoyant linceul,
Fera s’évanouir notre dernière trace,
Et, toujours étendant sa conquête vorace,
Aura pour borne à ses massifs l’Océan seul.





LES GEAlS




Dans la cime ronde des chênes
Épars à la rive du bois,
On entend toutes à la fois
S’élever des clameurs soudaines.
Concert fait d’étranges accents !
Voix rauques, cris assourdissants,
Coups de gosier faux, notes aigres,
C’est un tapage d’enragés.
Quels sont donc ces braillards allègres
Jacques ! Jacques ! Ce sont les geais.

On croirait ouïr des ivrognes
Pérorant dans un cabaret
Autour d’un petit vin clairet
Dont la sève empourpre leurs trognes.
Les gras propos s’en vont leur train,
Chacun y met son petit grain ;
L’esprit s’échauffe et l’œil s’allume,
De gros mots sont vite échangés
Et chacun hérisse sa plume.
Jacques ! Jacques ! Ce sont les geais.