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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Près du ruisseau s’achève un autre acte du drame.
Adversaire éclopé dans un premier tournoi,
Exténuué, tremblant de douleur et d’émoi,
Mufle au vent, d’une voix effrayante, un cerf brame.

De ce duel à mort impassibles témoins,
Les femelles, en harde étroitement groupées,
Attendent quelque part, dans l’ombre des cépées,
Que leur futur seigneur ait un rival de moins.





LE RÈGNE DE LA FORÊT




Lorsque l’humanité, lasse de se survivre,
Laissera de sa race éteindre le flambeau,
On verra la forêt, pour couvrir son tombeau,
S’épandre comme un flot endigué qu’on délivre.

Ses grands arbres alors agiteront leurs fronts ;
Ainsi qu’un jeune essaim, leur semence féconde
Ira joyeusement reconquérir ce monde
D’où les avait chassés le fer des bûcherons.

La lande, la prairie où le fleuve s’étale,
Et les plaines sans fin où les bras assemblés
Des hommes avaient fait jadis germer les blés,
Elle envahira tout dans sa marche fatale.

Vainement les remparts des puissantes cités
Opposeront leur masse à cette étrange houle ;
Comme une lèpre au corps, les végétaux en foule
Dévoreront en paix leurs flancs inhabités.