Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/27

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PAUL BOURGET.


« Ton âme... » quelque chose en toi de si céleste
Qu’aucun terrestre ennui ne le saurait flétrir ;
Quelque chose à jamais fidèle et qui me reste :
— Le serment qu’un sincère amour ne peut mourir.

Tout ce que j’ai senti dans mes beaux jours d’enfance
Lorsque l’orgue enchantait mon cœur simple et pieux,
Toute l’ancienne extase et toute l’innocence
Revivent dans ces mots profonds comme les cieux.

« Appelle-moi ton âme ! » Hélas ! quand donc pourrai-je,
Te tenant embrassée et les yeux dans tes yeux,
Comme un magicien prononce un sortilège,
Te répéter ces mots qui font qu’on aime mieux ?

Que ce soit donc bientôt, — et sur une colline,
Le soir, pour qu’en sentant s’en aller à leur tour
Ces instants enchantés d’émotion divine,
Je te dise tout bas : « Car la vie est un jour. »

C’est qu’il faut, pour goûter amèrement la vie,
Sentir qu’elle s’écoule et ne reviendra plus :
Alors il naît en nous une âpre et sourde envie
D’être heureux pour les jours que nous avons perdus.

L’amant est plus ému, plus tendre la maîtresse ;
Un alanguissement semble tomber des cieux ;
Et la beauté du soir mêlée à leur ivresse
Fait couler lentement les larmes de leurs yeux.


(Edel)