Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/279

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STANISLAS DE GUAITA.


Cette terre avait nom l’Atlantide. — Des villes
Y florissaient alors, superbes, par milliers.
Avec leurs parthénons et leurs jardins fertiles,
Et leurs palais de marbre aux antiques piliers.

Aqueducs ! Monuments massifs, aux colonnades
De jaspe, défendus par de grands léopards !
Coupoles de granit ! Innombrables arcades
Brodant de leur dentelle éparse les remparts !

L’on eût dit des forêts de pierre. — Les bois vierges
Reflétaient leur verdure aux lacs bleus sans roseaux,
Et iame des jasmins et des lis, sur les berces,
Se mariait, légère, à des chansons d’oiseaux !

Un cantique montait d’espérance et de joie
Vers Jupiter très bon, très auguste et très grand :
L’homme tendait les mains à l’azur qui flamboie,
Et le fleuve apaisé priait — en murmurant...

Mais ce monde, marqué du sceau de la colère,
Devait s’anéantir, sans que rien en restât
Que des îlots perdus sur fonde tumulaire,
— Seuls vestiges épars où notre œil s’arrêtât !

On entendit rugir les forges souterraines,
Tout le sol s’effondra, secoué brusquement...
Et la mer fit rouler ses vagues souveraines
Sur la plaintive horreur de cet écroulement.


*
*       *


Cependant, par delà ces monstrueux décombres
Que, sous mille pieds d’eau, tu vois se dessiner,
Ô mon Âme, entends-tu ?... Du fond des lointains sombres,
De prophétiques voix semblent vaticiner :