Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/278

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Pourquoi faut-il, hélas! qu’à toutes les souffrances,
Comme un aigle intrépide au clair soleil levant,
S’envole son désir crédule aux espérances ?
Il chante ses projets — et l’écho décevant
Répercute ses chants emportés par le vent.

Vous suppliant sans trêve, Illusions chéries,
De verser à sa soif l’or de votre liqueur,
Dans les bois de l’Amour éphémère et moqueur
Il cherche des buissons pleins d’épines fleuries,
Afin d’y déchirer le reste de son cœur.


(La Muse Noire)





L’ATLANTIDE




Loin de la multitude où fleurit le mensonge
Puisque l’âme s’épure et s’exalte en rêvant,
Au gré du souvenir vogue, ô mon Âme, et songe :
Songe à la cendre humaine éparse dans le vent ;

Songe aux crânes heurtés par le soc des charrues ;
Aux débris du passé dans l’inconnu flottant :
Car des mondes sont morts, des cités disparues,
Où la vie eut son heure et l’amour son instant !


*
*       *


Aux siècles primitifs, une île, immense et belle,
Nourrice jeune encor d’un peuple de géants,
Livrait à ses fils nus sa féconde mamelle,
Et sa hanche robuste au choc des océans.