Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/330

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Des gamines — pas plus hautes qu’une poupée —
Dans les meules de paille humide ont fait leurs lits
Auprès de leurs amants de dix ans, dont les hottes
Sont pleines de « mouron pour les petits oiseaux. »

Là, des feuilles de choux, des fanes de carottes
Jaunissent sur le bord d’un champ ; quelques roseaux
Sa lamentent aux vents, parmi les eaux croupies,
Tandis que, sous le ciel, qui semble de la chair,
Où les nuages bas appliquent des charpies,

Chaque arbre a l’air d’un long balai, debout, dans l’air.


(Sur le Vif)





*
*       *




Il était une fois, ô gué,
Un cœur si neuf, ô gué, ma mie,
Qu’il n’avait jamais navigué
Jamais navigué de sa vie.

Le cœur craignait de chavirer,
Mais la mer se faisait si belle,
Qu’il ne sut pas lui résister,
Et vogue, vogue la nacelle.

Le cœur, essuyant son chagrin,
S’embarqua, jeune d’espérance ;
Et, seul, Dieu sait ce qu’il advint
De ce pauvre cœur en partance...