Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/339

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LOUIS MARSOLLEAU.


NUIT




Le Luxembourg baigné de fraîcheur et de nuit
Étage en lourds massifs sa masse dense et brune.
Trois heures du matin sonnent au loin. La lune,
Calme et ronde, au milieu du ciel limpide, luit.

Une très vague odeur de fleurs flotte et parfume...
Il tombe un froid mouillé sur le trottoir glissant
Où s’assourdit le pas attardé du passant.
Les becs de gaz jaunis clignotent dans la brume.

Pas un souffle de vent, pas un oiseau soudain :
La gaze du brouillard enveloppe les arbres,
Et vêt d’une clarté vaporeuse les marbres
Entrevus à travers les grilles du jardin.





L’AMITIÉ




Dans la vie égoïste et frivole où nous sommes,
Les amitiés — pure union de deux cœurs d’hommes —
Sont rares. Ce temps-ci souffle un air desséchant.
Un laboureur pervers a mal planté le champ :
L’épi fait à l’épi voisin sa guerre infâme.
Le meilleur d’entre nous a du mauvais dans l’âme ;
Le regard faux dément le serrement de main,
Le flatteur d’aujourd’hui nous honnira demain,
Et tant de trahisons nous ont souillé la route
Que, masqués de mensonge et cuirassés de doute,