Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/345

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HENRI DE RÉGNIER.


De l’aurore à midi, sidéral et vermeil,
Jusqu’au soir violet, où s’allume l’étoile
De chaque nuit plus douloureuse à son réveil,

Au creux des sables fins comme un linceul de toile,
S’est moulé mon ennui las de l’attente où rit
Un mensonge d’oiseaux longtemps crus une voile,

Et d’éternels avrils d’écumes ont fleuri
Sur les glauques sillons des vagues éternelles,
Prés que le soc d’aucune proue encor n’ouvrit ;

Et las de cette mer et du leurre des ailes
Aux horizons lointains et nus des ciels d’azur
Et du déferlement des lames parallèles

Dont le flux de marée efface et comble sur
La grève mon empreinte vide, je ramasse
Une conque en spirales torses d’émail dur

Où je souffle un appel à quelque dieu qui passe.


(Épisodes)





LA GALÈRE


 

Parmi la floraison des arbres et des roses
Dont rit le mont gemmé de son glacier vermeil
Notre âme avait connu le merveilleux éveil
De son enfance pour la nouveauté des choses :

De l’ombre des vallons jusques au sable amer,
Et des sites exubérants aux grèves nues
S’épandait la candeur des roses ingénues,
Et des caps florescents s’allongeaient dans la Mer ;