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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


ARIANE




La proue impérieuse à l’horizon des mers
N’a pas fendu les ilôts dont l’écume est la flore
Éclose aux renouveaux de leurs éveils amers.

Le conquérant venu des pays de l’Aurore
N’a pas quitté la rive natale où grandit
L’héroïque rumeur de son renom sonore,

Et, sur la proue aventureuse où se raidit
La révolte du buste nu de la Sirène,
Le bouclier n’a pas encore resplendi

Qui porte en sa rondeur rousse de lune pleine
L’image creuse en l’or d’un Bacchus triomphant
Sur le char attelé d’un tigre qui le traîne,

Ce dieu viril, aux yeux de femme, aux chairs d’enfant
Oui secoue en ses mains, hochet de son délire,
Un thyrse lourd de pampre ou le raisin mûr pend,

Blond vainqueur dont le cri de guerre n’est qu’un rire
Et qui détourne au soir sa route sur les flots
Vers l’Ile rencontrée où la plainte l’attire

De la voix qui sanglote aux grèves de Naxos.


*
*       *


Les ailes d’un oiseau de mer qui vole et plane
Font choir une ombre double aux plages de soleil,
Où mon ennui s’accoude en poses d’Ariane.