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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Les babils d’enfants sont des chants d’oiseaux
Et leurs bras couverts nous semblent des ailes :
Aussi verras-tu les passereaux frêles
Sous les frondaisons voler sur les eaux.

Les chers souvenirs y viendront encore,
Avec les espoirs à jamais éteints ;
Et j’y choisirai les riants matins
Pour joindre nos pleurs aux pleurs de l’aurore.

Ah ! si l’on gémit dans notre milieu,
S’il s’est fait un vide en notre existence,
Du moins il nous reste un amour intense,
Aussi grand qu’un monde, aussi fort qu’un dieu.

Avril et ses fleurs, décembre et son givre,
Neigeront en vain sur l’enfant qui dort :
Notre amour sera vainqueur de la mort,
L’enfant qui n’est plus vivra dans mon livre ;

Arôme ou rayon il viendra s’unir
À mes doux parfums, à mes clartés pures :
Nous demanderons le baume aux blessures
Non pas à l’oubli mais au souvenir.

Et si Dieu permet que la tombe close
Sur tant de sanglots s’ouvre à mon baiser,
Par les matins bleus tu verras jaser
Sur mon vers en deuil notre André tout rose.