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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Aux mendiants mordus de misères avides,
Qui, le ventre troué de faim, ne peuvent plus
Se béquiller là-bas vers les enclos feuillus,
Et qui se noient, la nuit, dans les étangs livides.

Et tels les moines blancs traversent les champs noirs,
Faisant songer au temps des jeunesses bibliques
Où l’on voyait errer des géants angéliques
En longs manteaux de lin dans l’or pâli des soirs.



III


Brusques, sonnent au loin des tintements de cloche
Qui cassent du silence à coups de battant clair
Par-dessus les hameaux, jetant à travers l’air
Un long appel qui long parmi l’écho ricoche.

Ils redisent que c’est le moment justicier
Où les moines s’en vont au chœur chanter Ténèbres
Et promener sur leurs consciences funèbres
La froide cruauté de leurs regards d’acier.

Et les voici priant, tous ceux dont la journée
S’est consumée au long hersage en pleins terreaux,
Ceux dont l’esprit sur les textes préceptoraux
S’épand comme un reflet de lumière inclinée,

Ceux dont la solitude âpre et pâle a rendu
L’âme voyante, et dont la peau blême et collante
Jette vers Dieu la voix de sa maigreur sanglante,
Ceux dont les tourments noirs ont fait le corps tordu,