Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/428

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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Des continents futurs il posait les assises,
Ébauchant lentement leurs tonnes indécises,
Le sol ferme après l’île, et l’île après l’îlot.

Ô sourds commencements de la vie et de l’être !
Un monde tout entier d’un atome va naître ;
L’imperceptible est roi de la Création.
Des races à venir il porte en lui le germe ;
Il est l’anneau premier d’une chaîne sans terme,
Et chaque goutte d’eau roule cet Ixion.

Mais lui-même, quel vent l’a jeté sur la Terre ?
Est-il l’obscur crachat de quelque obscur cratère ?
Est-il un don des deux au monde à son éveil ?
Est-il né de la fange ainsi que l’eau des nues ?
A-t-il pris de l’éther les routes inconnues ?
Est-il un fils lointain d’un plus ancien Soleil ?

Je ne sais ! Ma raison chancelle et se récuse ;
J’ai peur qu’un vain désir d’expliquer ne m’abuse ;
Je n’ose me pencher sur le livre de feu.
Nul n’a compris encor cette page suprême :
C’est pour l’esprit de l’homme un trop rude problème ;
Pour en savoir le mot, il faudrait être Dieu.