Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/89

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MAURICE BOUCHOR.

je ressentisse l’émotion des siècles et des races qui les avaient consacrés. » Telle est l’idée mère doù sont sortis Les Symboles. »

Les œuvres complètes de M. Maurice Bouchor ont été éditées par MM. G. Charpentier et Fischbacher.

a. l.





À WILLIAM SHAKESPEARE




Shakespeare, emporte-moi sur l’aile de tes vers,
Car je veux saluer le soleil d’Italie.
Dans ton verre vidé je veux boire ta lie ;
Je veux me parfumer de tes citronniers verts.

Par quelque chaude nuit, la cervelle à l’envers,
Au son des tambourins lointains, l’âme remplie
De lumière et de bruit, je veux voir la folie
Monter comme un ardent soupir aux cieux ouverts.

Et puis, remporte-moi sur tes puissantes ailes
Vers le Nord, où l’on voit par les nuits solennelles
Chaque rêve muet fleurir en astre d’or.

Noble mélancolie ! Oh ! mon âme affolée
Reprendra par les monts connus son libre essor,
Au milieu de la grande neige immaculée.


(Chansons joyeuses)




*
*       *



Que la brise du ciel est légère et joyeuse !
Comme en silence au loin glissent les blanches voiles !
Que la voix de la mer, grave et religieuse,
Monte tranquillement vers les belles étoiles !