Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/99

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GEORGES LEYGUES.


Et sentant s’éveiller vos craintives pensées,
Au seul bruit de vos pas sur les herbes froissées,
               Au faible murmure du vent,
N’avez-vous pas ouvert le livre où tout se grave,
Celui des jours passés, et d’un doigt lent et grave
               Tourné les pages en rêvant ?

Oui ! car ce n’est qu’au soir, à l’heure où tout sommeille,
Quand le soleil descend dans sa couche vermeille,
               Lorsque s’apaisent tous les bruits,
Que l’âme doucement dit sa joie et ses peines ;
Et, sous le bleu regard des étoiles lointaines,
               S’ouvre comme une fleur des nuits !


(Le Coffret brisé)





LES FRANCS




Un jour, dans l’infini, grave et silencieux,
Odin, le dieu pour qui le temps n’a pas de voile,
Debout, comme un guerrier, sur le bord d’une étoile,
Dans i’espace plongeait son regard soucieux.

Comme les flots muets d’un océan sans borne,
La lumière à ses pieds roulait en écumant ;
Et lui, le front courbé, du haut du firmament,
Interrogeait toujours l’horizon sombre et morne.

Là-bas, dans le lointain, comme un globe perdu,
La terre se montrait à des millions de lieues
Avec ses continents vermeils et ses mers bleues,
Et jetait vers le ciel un sanglot éperdu.