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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


CRÉPUSCULE ROMANTIQUE




Quand le jour va finir et qu’on entend à peine
Les chants des laboureurs qui passent dans la plaine
               Et les cloches aux voix d’airain ;
Quand l’occident s’enflamme et que les hirondelles
Au bord des toits moussus viennent ployer leurs ailes,
               Et descendent du ciel serein ;

Lorsque des bruits confus passent dans la feuillée ;
Quand la lune apparaît, rougissante et brouillée,
               Sur la cime des bois jaunis,
N’avez-vous pas, fuyant vos bruyantes demeures,
Errant sans savoir où, laissé couler les heures,
               Tout plein de vos beaux jours finis ?

Et lorsque vous alliez sous l’ombreuse ramure
Des grands bois chevelus, dans la nuit calme et pure
               Écoutant parler votre cœur,
N’avez-vous pas, sortant de votre rêverie,
Surpris une ombre errant, là-bas, dans la prairie,
               Un fantôme doux ou moqueur ?

N’avez-vous pas saisi, dans l’éternel silence,
Quelque refrain joyeux, quelque vieille romance,
               Un de ces airs qui ne fuient pas ?...
Celui qu’en vous berçant on fredonnait peut-être.
Ou la chanson d’amour qu’à l’étroite fenêtre
               Le soir vous lui disiez tout bas ?...