Page:Lemoyne - Œuvres, Une idylle normande, 1886.djvu/271

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se rendre en Touraine. Ce jardin de la France se trouvant encore trop humide pour sa poitrine délicate, il s’était réfugié dans le Midi… à Pau d’abord, puis à Grenade et enfin aux Canaries… Il avait eu le temps d’enterrer ses deux médecins avant d’en être au dernier période de son affection, mais, depuis vingt ans, dans le bourg de Rhuys, personne n’en avait entendu parler, excepté son jardinier, constitué gardien des ruines, auquel il payait exactement de gros appointements trimestriels, mais avec défense expresse et réitérée de ne jamais laisser entrer âme qui vive dans les ruines, qui appartenaient, bien et dûment, à lui seul, James Wilson, esquire. Cette façon d’agir semblait peut-être un peu britannique, mais il en était ainsi ; et, pour sa part, le jardinier était trop intéressé au respect de la consigne pour ne pas l’avoir scrupuleusement respectée.

Germaine était précisément la fille du jardinier chez laquelle Albert avait entendu le piano de la veille, exécutant pour la première fois, avec une verve endiablée, une grande valse de Strauss dans le silence des ruines. Fille unique, élevée dans un des meilleurs pensionnats de Rennes, Germaine faisait la pluie et le beau temps dans la maison paternelle, maison coquette et confortable, aménagée dans un coin des ruines, et tenant de la ferme, du