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la triomphatrice


Claude, sincère.

Michel… est-ce qu’un livre compte ?


Sorrèze.

Dame, il me semble.


Claude.

Vous serez toujours un homme !


Sorrèze.

Vous n’allez pas me faire croire que vous vous désintéressez complètement de vos succès ?


Claude.

Non, mais il est certain que nous n’y apportons pas la même conviction, ni peut-être la même naïveté que vous.


Sorrèze.

Vous voulez dire que vous n’avez pas la même passion désintéressée de l’art ?


Claude, avec un doute.

L’art… Ah ! j’avoue que je tiens d’abord à la vie. Si j’ai travaillé, si j’ai eu du talent, c’est parce que j’ai trouvé là une plus forte maniière d’exister, appelez-le, si vous le voulez, l’amour non désintéressé de l’art. Si cela m’a passionnée d’être plus que les autres femmes, supérieure de corps, d’âme et d’esprit, c’est pour valoir plus d’amour qu’elles, c’est pour vous arracher quelque chose de plus fort, de plus désespéré…


Sorrèze.

Claude…


Claude.

Ah ! nous n’arrivons pas à l’art par le même chemin que vous. Si vous saviez les années que j’ai traversées, les premières années de ce mariage…