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préface

problème, ou je ne sais quelle tricherie que l’auteur se permettrait.

C’est la grande supériorité dramatique du théâtre « d’idées » sur le théâtre de caractère, de mœurs ou d’action. Lui seul découvre les vrais drames humains et non les drames d’auteur, les vraies situations dramatiques, celles qu’une chiquenaude, un mot du personnage ne suffirait pas à renverser, la véritable action qui a son ressort en elle-même et non dans le coup de pouce, les incidents gratuits, les ignorances ou révélations accidentelles. C’est pourquoi les connaisseurs disent « qu’il n’y a pas d’action ».

Après, comme avant la Triomphatrice, je reste persuadée que la femme qui vaut mentalement, mais bien plus sûrement encore si elle vaut professionnellement, souffrira, sera gênée, déçue dans son amour jusqu’au détachement peut-être, si elle ne se sent dominée, à tout le moins égalée par l’homme aimé, que la situation de cet homme aimé devient intolérable, s’il est assez intelligent, assez affiné, ou simplement assez averti par les circonstances pour ressentir l’interversion des rôles, qu’il n’y a là nulle jalousie, mais le sentiment d’une catastrophe ; impossible d’incriminer ici la clarté de la pièce, j’ai pris soin de le redire à chaque pas ! « Jaloux, il ne l’est pas, il ne le sera jamais. C’est ce qu’il y a de noble en lui qui se révolte. Je le mets dans une situation impossible, voilà tout. » Et non seulement j’ai pris soin de dire, mais d’agir cette négation de la jalousie.

Sur la scène même, pour servir Claude comme il l’a toujours fait dans sa carrière, Sorrèze acceptera, d’un cœur léger, d’être pris pour le secrétaire de sa maîtresse, alors qu’il traite pour elle, avec un étranger, une affaire urgente et importante : « Faites-moi l’honneur de croire que je ne souffre pas de cela… mais vous qui m’aimez, me jugez… qui n’avez pas pour moi ce sentiment incomparable, l’estime professionnelle… j’ai peur que vous com-