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1859
Le roi des aulnes
BALLADE
(Imité de l’allemand de Goethe)

Qui voyage si tard par le vent et la nuit ?
 C’est un enfant avec son père.
Un cheval les emporte à travers la bruyère.
L’enfant ferme les yeux et tremble au moindre bruit.

— Pourquoi donc, ô mon fils, caches-tu ton visage ?
 La nuit luit, aurais-tu peur ?
— Regarde ! enveloppé d’une blanche vapeur,
Le Roi des Aulnes vient là-bas par le rivage !
 — Mon fils, je ne vois qu’un nuage !

 « — Cher petit enfant, doux trésor,
 Viens avec moi, viens, viens, je t’aime !
 Ma mère porte un diadème !
 Tu seras son bonheur suprême,
Elle a des fleurs sans nombre et de beaux jouets d’or ! »
— Entends-tu ce qu’il dit ? Père, prête l’oreille !
— Je n’entends que le bruit du vent qui se réveille !