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VI

CHEZ NINA. — LE PARNASSE CONTEMPORAIN
(1868-1869)

Mme Nina de Callias était, en 1868, une jeune femme de vingt-deux à vingt-trois ans, petite, dodue, vive, spirituelle, névrosée, quelque peu hystérique, fort avenante, et qui a laissé une réputation, justifiée d’ailleurs, d’excentricité, d’outrance et de franche hospitalité. Elle se plaisait à réunir, vers la fin de l’Empire, dans son appartement, assez modeste et simplement meublé, dépendant d’une belle maison, d’apparence bourgeoise, rue Chaptal no 17, des jeunes gens de la littérature, des arts et de la politique, attirés par la gaieté et le sans-façon du logis, retenus par l’amabilité de l’hôtesse. On s’y retrouvait entre camarades. Un club sans apparat, sans baccarat aussi. On montait « chez Nina » jusqu’aux heures les plus tardives, certain d’y trouver gaie compagnie. On venait, soit en passant, soit exprès, entendre des vers, échanger des nouvelles, dire du mal du gouvernement ou des hommes de lettres arrivés, selon que l’on appartenait au clan politique ou au cénacle littéraire, car les deux groupes fraternisaient, sans se mêler absolument. J’appartenais aux deux, en ma