Page:Lepelletier - Paul Verlaine, 1907.djvu/181

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double qualité de parnassien et de journaliste républicain, récemment condamné.

Ah ! quelle étrange petite fée que cette Nina, si folle, si rieuse, si avenante, et dont nous avons tous conservé le meilleur souvenir. Verlaine a dit d’elle : « Plusieurs d’entre nous fréquentaient chez l’admirable Nina, de qui j’ai parlé, deci delà, insuffisamment, nature d’artiste que son feu dévora prématurément. »

Elle était très bonne musicienne, jouant du piano en virtuose, composant aussi, mais rarement, et ne nous accablant pas de l’audition de ses nocturnes ou de ses caprices de concert. Elle adorait les vers, et avait ce mérite de n’en pas faire. Ardente à tout apprendre, fiévreuse de tout pratiquer, infatigable et complexe, elle devançait nos sportives contemporaines actuelles.

La première fois que je la vis, elle portait plastron et jupon court, et prenait une leçon d’armes avec un prévôt du bon maître Cordelois. Elle se passionnait pour tout : politique, littérature, philosophie, et aussi pour les mathématiques, le spiritisme ; la magie surtout l’attirait. Quand le maître en fait d’armes la quittait, le professeur de kabbale entrait donner gravement sa leçon, en attendant les gammes et les exercices sur le grand piano d’Érard. Elle avait rencontré Henri Rochefort à Genève, et avait conçu pour le célèbre pamphlétaire une amitié, qui, les circonstances s’y prêtant, aurait pu dégénérer en un sentiment plus positif. Elle écrivait, en souvenir de lui, sur du papier avant pour vignette une lanterne.

Cordiale et familière avec tous, on ne lui connaissait pas d’amant en titre, au moins dans les premières années de sa vie bohémienne. Charles Cros, le poète du Coffret de Santal, l’inaugurateur des monologues (le