Page:Lepelletier - Paul Verlaine, 1907.djvu/388

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Malines. Envoyer au Courrier de l’Europe, à Londres, et au journal communard qui y fleurirait.

Pour les journaux belges, il ne serait peut-être pas maladroit de leur faire savoir que je suis détenu dans le pays. Ça pourrait me servir pour sortir plus tôt.

P. V.


Dans sa prison, Verlaine travaillait, méditait des poèmes, rêvait à des pièces de théâtres, étudiait l’anglais. Il lut tout Shakespeare, dans le texte. Il voulait même se livrer à des traductions régulières des auteurs anglais contemporains et fonder une agence de traducteurs, comme on le verra plus loin.

Parfois, car il avait un fonds de gaîté, même un peu vulgaire et vaudevillesque, il s’amusait à m’envoyer des parodies, rappelant le bon temps où il collaborait au Hanneton avec Coppée.

En voici un spécimen : il s’agit de la nouvelle qui s’était répandue, et que j’avais annoncée au prisonnier, puis presque aussitôt démentie, de la pendaison de notre camarade du Parnasse, Albert Mérat. Le poète des Chimères, loin de terminer ses jours dans la forêt de Fontainebleau, est encore bien vivant. Il a été bibliothécaire du Sénat, et il rime toujours.


Mons, 1874.

Il faut bien bêtifier un peu, quelque triste que l’on soit. Voici, à propos de la pendaison de Mérat, dans la forêt de Fontainebleau, pendaison démentie (quel besoin ?), un « Coppée » tout frais pondu, « O libelle ibis in urbem ! ! — Propage ! propage ! —


Les écrevisses ont mangé mon cœur qui saigne,
Et me voici logé maintenant à l’enseigne
De ceux dont Carjat dit : « C’était un beau talent,
Mais pas de caractère », et je vais, bras ballant,
Sans limite, et sans but, ainsi qu’un fiacre à l’heure,
Pâle, à jeun, et trouvé trop c… (chose) par Gill qui pleure.