Page:Lepelletier - Paul Verlaine, 1907.djvu/511

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Je loge en garni chez un marchand de vins-hôtel. — Entre par la boutique. — Hôtel du Midi, 6, cour Saint-François, rue Moreau. C’est entre la rue de Charenton et l’avenue Daumesnil, à cinq minutes de la Bastille.

Dernière heure. — Viens tout de suite, si tu peux, et le plus tôt possible.


J’allai donc le voir au reçu de ce mot, quelque temps après la mort de sa mère, car j’étais absent de Paris quand le triste événement se produisit, et je le trouvai logé dans des conditions absolument déplorables. C’était Cour Moreau. Une sorte de Cour des Miracles, peuplée de travailleurs, surtout d’indigents, située en contre-bas du chemin de fer de Vincennes. Verlaine logeait au rez-de-chaussée, chez un marchand de vins. Dans la boutique du bistro il fallait pénétrer, pour gagner la chambre du poète. L’endroit était fâcheux pour la santé de Verlaine, pour sa bourse aussi. Les quelques sous qu’il pouvait recevoir, soit de Vanier, soit d’amis auxquels il faisait part de sa détresse, soit encore du reliquat de différentes négociations de titres, à la suite du décès de sa mère, avaient trop facilement un emploi et une destination dans le comptoir voisin. La chambre était petite, sordide, sinistre, comme le coupe-gorge au fond duquel elle se trouvait blottie. « Un repaire », comme à la salle Saint-Blaise, disait Gambetta, injustement d’ailleurs, en désignant les logements des travailleurs de Ménilmontant.

Il n’y avait pas de plancher, ni même de carrelage. C’était la terre nue que le pied frappait. Elle était légèrement boueuse. L’humidité, véhiculée du dehors par les allants et venants, détrempait ce sol peu urbain. Le garçon du marchand de vins apportant la pitance, de rares amis, venus du Quartier pour prendre la « bleue » sur