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PLAISIRS RUSTIQUES

au possible. Avec ses allures élégiaques et sa douceur mélancolique, je ne le vois pas très bien faisant parler, en couplets burlesques, ce Veaucochard et ce fils Ier. Je n’ai même aucune idée de ce que pouvait être cette opérette qualifiée de bouffe. Verlaine était alors très engoué de la musiquette d’Offenbach et d’Hervé. Le Serpent à plumes l’enchantait, et il admirait fort l’Île de Tulipatan. Il voyait très fréquemment Charles de Sivry, son futur beau-frère, musicien varié, jouant tous les genres, parodiant tous les maîtres, très habile contrepointiste, et écrivant des galops endiablés et des refrains alertes sur des rythmes de polka. C’était sans doute le gai compositeur qui lui avait suggéré le goût de l’opérette.

Par la suite, Verlaine donna à Emmanuel Chabrier, le compositeur d’España, un scénario d’opérette, qui fut remanié, refait et joué sous le titre de l’Étoile, et sous le nom d’un autre auteur. Paul aurait écrit pour cette pièce notamment la Chanson du Pal, dont Chabrier nous chantait les couplets, très scandés, qui débutaient ainsi :


            Le Pal
Est de tous les supplices
        Le principal,
Il commence en délices
            Le Pal,
Mais il finit fort mal…


Non seulement, Verlaine, entre deux poèmes délicats ou puissants, ne dédaignait pas de sacrifier à la Muse légère, et même vulgaire, de l’opérette et du café-concert, mais encore, à l’occasion, il jouait son personnage en de burlesques charades que nous improvisions. Il lui arriva