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PAUL VERLAINE

même, dans une circonstance à peu près unique, car la nature ne l’avait pourvu d’aucun des dons du ténor, de chanter un petit rôle dans une saynète bouffe, intitulée le Rhinocéros, dont j’étais l’auteur, et qui fut, par la suite, représentée plus de cent fois au théâtre des Délassements-Comiques. La musique, vive et joyeuse, était de Charles de Sivry.

Si je relate cet épisode artistique, unique dans la vie de Verlaine, car je crois que jamais plus il ne joua la comédie de société, je puis même affirmer qu’il ne se risqua jamais à chanter en public, même entre camarades, sa voix étant fausse, discordante, impossible, c’est que la représentation et surtout les quelques répétitions de ce Rhinocéros eurent une influence décisive sur la destinée de Verlaine : ce fut à cette occasion qu’il se trouva en rapport avec Charles de Sivry, dont il devait bientôt épouser la sœur.

Je rencontrais depuis longtemps l’étrange petit musicien qu’était Charles de Sivry chez des amis de ma famille, M. et Mme Léon Bertaux, sculpteurs. Mme Léon Bertaux, depuis présidente de l’Union des Femmes peintres et sculpteurs, auteur d’une Baigneuse remarquée et médaillée au Salon de 1872, recevait dans son atelier de la rue Gabrielle, à Montmartre. Ces soirées, mi-bourgeoises, mi-artistes, étaient amusantes, comme programme imprévues, comme assistance bigarrées, et d’un éclectisme composite rare. Des notabilités de la Butte s’y rencontraient avec des bohème du quartier Pigalle. On y faisait de la musique, on y jouait des charades, et un jour, à l’occasion d’une soirée plus priée, entourée de quelques solennités, comportant invitations par lettres, puis estrade pour le concert, artistes convoqués, poètes recrutés, — François Coppée récita en cette occasion sa