Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/133

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prétendants étrangers. Ce que j’ai dit est dit : je ne rétracte rien, et si tu me désobéissais, tu ne devrais t’attendre ni à ma bénédiction, ni à mon héritage. Et maintenant, assez sur ce chapitre. Où est M. d’Aulnay ?

— Je vais aller le chercher, cher oncle, dit madame d’Aulnay en se levant précipitamment, car sa fine oreille venait d’entendre le bruit de la porte d’entrée qu’on ouvrait.

Elle sortit, et, au lieu de se rendre à la Bibliothèque où était son mari, elle descendit l’escalier d’un pas rapide. Il était temps, car Sternfield se trouvait en ce moment même dans le corridor, se débarrassant de son pardessus et se préparant à entrer dans le salon. Jeanne n’avait reçu aucun ordre contraire pour lui faire rebrousser chemin.

Madame d’Aulnay entraîna vivement le militaire dans une petite antichambre et lui fit part en peu de mots de la scène orageuse qui venait d’avoir lieu. Les joues rouges et les sourcils froncés du major dirent assez éloquemment la suprême contrariété que lui causait ce récit ; mais si son amie eût été aussi bonne observatrice qu’elle l’était d’ordinaire, elle se serait aperçue qu’à la mention de la menace que M. de Mirecourt avait faite à sa fille de la déshériter, ses traits s’étaient animés davantage et ses yeux avaient lancé des éclairs.

— Pouvez-vous me dire, demanda-t-il avec colère, combien de temps ce vieux tyran doit rester ici ? Car, quant à voir ma femme, je le dois et je la verrai.