Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/156

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empressées pour d’autres, et l’expression d’angoisses qui l’avait abandonnée depuis un moment revint bientôt plus forte que jamais.

À la fin de la danse on vint annoncer le souper. De retour au salon, on dansa un cotillon, puis on fit un peu de musique.

Finalement, pendant que la plupart des invités commençaient à se retirer, le major Sternfield s’avança vers sa femme.

— Est-ce que tu t’es bien amusée ? demanda-t-il ; je t’en ai laissé le loisir en te faisant grâce de mes ennuyeuses attentions.

— Vous m’avez rendue bien malheureuse ce soir, répondit-elle d’une voix tremblante.

Sternfield aperçut aussi facilement que le colonel Evelyn les traces que la douleur morale avait laissées sur son pâle visage, et il en fut un peu attristé.

— Pardonne-moi, Antoinette, murmura-t-il avec tendresse. Mais qu’est le léger chagrin que ma conduite de ce soir a pu te causer, auprès des souffrances que ta froideur m’inflige constamment ?

— Moi, j’agis par principe, Audley, tandis que vous, vous m’avez torturée, soit par représailles, soit par le désir de voir jusqu’à quel point vous pouvez me faire souffrir et ce que je puis supporter.

— Oh ! non, ma petite femme ; mais j’espère que cette dure leçon aura pour effet de te rendre à mon égard plus indulgente que tu ne l’as été jusqu’ici.