Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/19

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éminemment incapable de remplir la charge si pleine de responsabilité de servir de mentor à une jeune fille de dix-sept ans. Établissant un contraste entre nous, elle a prétendu que du contact de ton caractère plein d’imagination, léger et impulsif, avec mon esprit étourdi, enfantin et romanesque, il ne pouvait résulter rien de bon en me confiant pendant six longs mois à ta direction.

— Et qu’a répondu l’oncle de Mirecourt à tout cela ?

— Pas grand’chose d’abord, mais je suis tentée de croire que cette pauvre Madame Gérard en a beaucoup trop dit. Tu sais que papa se pique fort d’avoir une large part de cette fermeté — pour employer un terme peu sévère — qui a constitué de temps immémorial un des attributs de notre famille. Aussi, aux instances de Madame Gérard, il avait commencé par répondre que, comme j’avais dix-sept ans, il était temps que je visse un peu la société, ou du moins la vie des villes, — qu’après tout Madame d’Aulnay était sa nièce, femme aimable et pleine de cœur, et une foule d’autres éloges flatteurs dont je t’épargnerai l’énumération afin de ne pas trop flageller ta modestie. Cependant, les choses menacèrent un moment de tourner contre nous, car papa a une grande confiance dans le jugement de Madame Gérard, et il finit par faire remarquer qu’en effet je pourrais bien remettre à un autre hiver ma promenade à la ville. À cette déclaration, accablée par la chute de mes espérances, je