Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/18

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damas qui empêchait le jour de pénétrer entièrement dans la chambre :

— Sais-tu bien, Antoinette, que tu es devenue véritablement belle ! exclama-t-elle. Quel teint !…

— Assez ! assez ! Lucille, interrompit celle qui était l’objet de ces éloges, en portant ses jolies petites mains sur sa figure, comme pour cacher la rougeur qui en couvrait la surface. C’est exactement ce que m’a prédit Madame Gérard lorsque je suis partie de la maison.

— Je t’en prie, racontes moi ce qu’a dit cette ennuyeuse, pointilleuse et scrupuleuse vieille gouvernante ? Viens me dire cela.

Et, faisant asseoir sa jeune compagne dans un fauteuil bien bourré, elle en approcha un autre et se jeta dans ses molles profondeurs.

— D’abord, dit Antoinette entrant en matière, elle a fait tout en son pouvoir et a plus glosé pendant une semaine que je ne l’avais entendue pendant un long mois, pour induire mon père à m’empêcher de venir ici. Elle a parlé de mon extrême jeunesse et de ma complète inexpérience, des dangers et des pièges qui environneraient mes pas, et alors, chère Lucille, — te le dirai-je ? — elle a fait allusion à toi.

— Et qu’a-t-elle donc dit de moi ?

— Rien de bien terrible ; seulement, que tu es une femme gracieuse, belle, accomplie, charmante ; — ah ! ah ! c’est maintenant ton tour de rougir ; — mais