Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/196

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Dites-moi, mademoiselle de Mirecourt, quelles étaient vos pensées, — c’est-à-dire si vous étiez en état de vous en rendre compte, — pendant cette course effrayante qui aurait pu nous être fatale ?

Il y eut une pause de timide réserve, car une confession de ce genre à un homme qui était presque un étranger pour elle l’embarrassait quelque peu ; mais enfin, moitié souriante, moitié sérieuse, elle répondit :

— Je pensais à la mort, et je tâchais de m’y préparer.

— C’est bien pensé et bien dit, répliqua-t-il avec gravité. Quoique, malheureusement pour moi, je ne professe pas la religion, ni en actions ni en paroles, cependant lorsque je la rencontre chez d’autres, je sais la respecter.

— N’êtes-vous donc pas un vrai croyant, catholique comme moi-même ? demanda-t-elle timidement.

— Mais, mademoiselle de Mirecourt, dit-il en se retournant tout-à-coup vers elle — ce qui la fit rougir — comment ! vous connaissez tout ce qui me concerne, et cependant je suppose que le même charitable bavard qui vous a dit que j’étais un misanthrope, vous a aussi informé en même temps que, quoiqu’à peine mieux que l’infidèle, je suis né et j’ai été élevé dans la même religion que vous. Eh ! bien, je n’ai pas le droit de me fâcher, car beaucoup de ce qu’on vous a dit n’est malheureusement que trop vrai. Ne vous méprenez pas, cependant. Quoique indifférent et entièrement négligent dans la pratique des préceptes