Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/197

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et des devoirs de cette Église dont je suis et veux être toujours un des membres, je n’ai jamais poussé l’impiété jusqu’à douter, un seul instant, de la sagesse, de la miséricorde, et encore moins de l’existence de l’Être Suprême qui m’a créé ; non, je ne suis pas athée, comme quelques-uns l’ont prétendu, mais simplement un mauvais catholique. Vous êtes effrayée de cet aveu, mademoiselle de Mirecourt ? continua-t-il en remarquant la vive émotion qui venait de se trahir sur les traits d’Antoinette.

La jeune fille ne songeait pas alors aux erreurs du militaire, mais bien aux siennes propres. Elle qui avait été élevée avec tant de soins, qui avait grandi dans les principes religieux, à qui un contact de quelques mois avec la vie frivole et agitée du monde avait suffi pour chasser de son cœur les sentiments les plus justes, elle se voyait engagée dans une voie tortueuse qui ne lui laissait aucune issue pour se soustraire à l’avenir de misère qui en serait inévitablement la conséquence.

Le colonel répéta sa demande. Obligée de répondre, Antoinette eut assez de présence d’esprit pour dire : — Est-ce que notre Divin Maître n’a pas dit : « Ne jugez pas autrement que vous voudriez être jugé vous-même ? »

Surpris et charmé de la singulière aptitude qu’Antoinette savait déployer dans ses réparties ; encouragé, d’ailleurs, par la sympathie qu’elle lui témoignait, à faire de nouvelles confidences, il continua :