Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/206

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

tions du colonel pendant le retour. À toutes ses petites terreurs, à toutes ses exclamations de peur, il répondit par un regard sévère qui fit la jeune fille se demander à elle-même s’il n’était pas un ogre. Comme, à leur arrivée, elle s’efforçait de faire une impression quelconque sur son cœur de marbre en le remerciant avec son plus beau sourire, il ne put s’empêcher de se dire :

— Misère ! qui pourrait penser que cette insignifiante demoiselle et cette autre charmante jeune fille aux rares qualités appartiennent à la même espèce ?

La promenade de la pauvre Antoinette avec le major Sternfield fut encore moins agréable que celle du colonel Evelyn. Audley était dans une de ses humeurs sombres et jalouses ; il accabla sa femme de questions, de reproches et de railleries, avec une sévérité aussi injuste que déraisonnable.

Madame d’Aulnay qui, de son côté, était passablement contrariée, n’invita personne à débarquer, et elle entra dans la maison seule avec Antoinette.

— Quelle stupide affaire ! dit-elle en se débarrassant de ses riches fourrures et en se jetant sur un canapé dans sa chambre à coucher. C’est ce maussade Sternfield qui a tout gâté ! Franchement, j’ai cru que si je ne m’étais rendue à ses désirs en t’empêchant de revenir avec le colonel Evelyn, il aurait fait une scène terrible devant tout le monde. Tu ne peux concevoir comme il m’a tourmentée et ennuyée ! À propos, qu’est-ce qu’il t’a donc dit en route ? Il t’a conté fleurettes sans doute ?